Décès de Mannque Rho à l’âge de 89 ans

Décès de Mannque Rho à l’âge de 89 ans

Mannque Rho, membre éminent de l’Institut de Physique Théorique du CEA Saclay (France), est décédé le 19 mars 2026 à l’âge de 89 ans.

Né le 14 décembre 1936 à Hamyang, dans la province de Gyeongnam, République de Corée, il était l’aîné de huit enfants. Rho a terminé ses études secondaires au lycée Kyunggi, puis a commencé des études en sciences politiques à l’Université nationale de Séoul avant d’émigrer aux États-Unis. Il a obtenu son diplôme de premier cycle à la Clark University (B.A. en chimie, 1960) et a ensuite intégré le programme doctoral de l’Université de Californie, Berkeley, où il a soutenu sa thèse le 21 octobre 1963.

Manque Rho, ancien membre éminent de l'IPhT
Crédit: IPhT
Durant son séjour à Berkeley, Rho a rencontré Vincent Gillet, qui l’a invité à faire un postdoctorat au Service de Physique Théorique (SPhT), précurseur de l’IPhT, au CEA Saclay. En 1964, grâce à une bourse Joliot‑Curie d’une durée d’un an, il a déménagé en France pour travailler au SPhT et au Laboratoire Joliot‑Curie à Orsay. Au SPhT, il a collaboré avec Gillet et la jeune équipe de physiciens nucléaires dirigée par Claude Bloch, chef du SPhT. Il est devenu membre permanent du SPhT le 1 juin 1965, faisant de cet institut son foyer intellectuel tout au long de sa vie, et, au fil des ans, il y a travaillé avec Vincent Gillet, Bertrand Giraud, Marc Chemtob, Jean‑Paul Blaizot et Madeleine Soyeur.




Mannque Rho était un physicien théoricien de renommée mondiale, à la pointe des développements majeurs en physique nucléaire et hadronique. Ses travaux couvraient la symétrie chirale dans les milieux nucléaires, les théories de champs effectives et les approches topologiques de la matière en interaction forte. Sa recherche abordait des questions fondamentales à l’interface de la physique nucléaire, de la physique des particules et de l’astrophysique.

Au début des années 1970, il a initié une collaboration durable avec Gerald E. Brown à l’Université de Stony Brook. Ensemble, en 1979, ils ont développé le modèle « little bag », établissant un lien entre les degrés de liberté des quarks et le nuage de pions entourant les nucléons. Cette contribution a apporté une nouvelle perspective sur la relation entre les descriptions fondamentales et effectives de la structure nucléaire.

Il est particulièrement connu pour le "scaling Brown‑Rho" (1991), qui décrit la modification des masses des hadrons dans un milieu de matière chaude et/ou dense. Cette idée marquante a motivé de nombreuses études ultérieures et a joué un rôle central dans la formulation des approches modernes de la matière nucléaire dense, avec d’importantes implications pour les collisions de noyaux lourds et la physique des étoiles à neutrons.

Au‑delà de ces contributions majeures, il a réalisé des avancées significatives dans la construction de théories de champs effectives ancrées dans la Chromodynamique quantique, permettant de relier de manière systématique les interactions fondamentales aux phénomènes nucléaires. Ses travaux sur la matière skyrmionique et les symétries locales cachées ont mis en évidence des liens profonds entre la topologie et la structure de la matière baryonique dense.

Au cours de sa carrière, Rho a publié plus de 200 articles scientifiques, totalisant plus de 11 000 citations. Il est l’auteur de la trilogie Chiral Nuclear Dynamics I (avec M. A. Nowak et Ismail Zahed), II et III (avec Y.-L. Ma), et a édité plusieurs volumes d’œuvres collectées.

Il a occupé des postes de visiteur dans de nombreuses institutions de premier plan à travers le monde, notamment le CERN, l’Université de Stony Brook, l’Université de Hanyang, l’Université de Virginie, l’Université de Tokyo (professeur JSPS), l’Université nationale de Séoul, l’Université de Yonsei et l’Université de Jilin à Changchun, Chine. Il a également été professeur à l’Institut coréen d’études avancées (KIAS) et professeur titulaire à l’Université de Hanyang.

Les résultats scientifiques de Rho ont été reconnus par de multiples distinctions dont le Prix Paul Langevin (1985), le Prix Gay‑Lussac–Humboldt (1995), le Prix de l’Académie nationale coréenne des sciences (1999) et le Prix Ho‑Am (2002). Il a reçu l’Ordre du Mérite civil (Médaille Seokryu/Pivoine) en 1997, un doctorat honorifique en sciences de Clark University en 2003, ainsi que le Prix KBS de l’étranger pour les Coréens en 2004. Il était membre de l’Académie coréenne des sciences et de la technologie.

Il est resté actif sur le plan scientifique jusqu’à ses dernières années, publiant notamment un travail sur la structure de la matière baryonique superdense en novembre 2025.

Sa personnalité alliait gentillesse et modestie avec un subtil sens de l’humour.

L’Institut de Physique Théorique regrette profondément la perte de Mannque Rho, dont l’héritage perdurera dans le domaine de la physique nucléaire théorique. Nous présentons nos sincères condoléances à sa famille, à ses collègues et à ses étudiants.